Imperceptiblement, la plupart des ressources naturelles sont privatisées ou en passe de l'être.
Si les biens naturels prennent une valeur marchande par leur raréfaction, c'est le capital qui monnaiera leurs valeurs de la nature dans un marché étendu à toutes les sphères de l'existence et du vivant. La marchandisation de l'eau est le symbole de celui de la vie.
Les biens publics mondiaux, l'eau, les forêts, la stabilité financière, la sécurité des Etats, l'éducation et la santé sont les principaux biens publics. Or une tendance à la privatisation est manifeste; en santé par exemple avec les investissements massifs des fonds spéculatifs.
L'eau c'est la vie. Une solution possible : l'instauration d'une banque mondiale de type coopératif, solidaire, qui gèrera le droit à la vie. Ses fonds seraient constitués d'une fiscalité organisée au niveau mondial. Graçe à cette fiscalité on pourrait par exemple assurer l'accès à l'eau à tout le monde.
Chacun de nous est-il encore une ''personne'' ou bien est-il devenu une ''ressource humaine'' ?
De plus en plus on marchandise les valeurs culturelles, le vivant, l'eau, les poissons exotiques, les animaux sauvages. Les groupes industriels font main basse sur la vie, en privatisant les plantes et leurs gènes, en excluant les variétés locales. Ils brevètent les graines génétiquement modifiées et résistantes, à quelques maladies, pour mieux vendre leur procédés et produits exclusifs. L'un des maïs ainsi manipulé fut appelé ''Terminator''.
Les techniques comme les OGM s'appliquent à tous le vivant. Ainsi des souris ont été modifiées pour la recherche en laboratoire. La presse a, par ailleurs, récemment rendu compte de la naissance d'un bébé chimpanzé fluorescent, dans le génome duquel, au stade embryonnaire, avait été introduit un gène provenant d'une méduse, le but de l'expérience étant de s'assurer de la faisabilité de la transgénèse chez les primates supérieurs, soit les animaux les plus proches de l'homme. Car les humains ont en commun avec le chimpanzé près de 98% des gènes, et avec la mouche drosophile près de 60% ! C'est pourquoi la notion de " patrimoine génétique humain" a une valeur plus éthique et juridique que scientifique.
Le vivant devient donc un outil et un produit. La recherche sur le vivant s'inscrit aujourd'hui dans un contexte de compétition économique souvent impitoyable. Il est vrai que les avancées pour la santé ne sont pas discutables.
La biotechnologie sera probablement à la base des productions agricoles du futur, et plus particulièrement dans le domaine de la médecine. En effet la directive adoptée par l'Europe dit : ‘‘la matière vivante peut constituer une invention brevetable si elle remplit les critères requis d'inventivité, de nouveauté et d'applicabilité industrielle’’.
Les multiples débats sur la bioéthique ont débuté à la fin du XX ème siècle, avec le clonage d'une brebis. C'est l'avancée des biotechnologies et les possibilités de mieux contrôler le vivant ou le doter de caractéristiques désirées, avec la génétique, science de l'hérédité, qui a initié cette prise de conscience. Les biotechnologies, en effet, ne font pas de différence entre le vivant (qu'il soit humain, animal, végétal) et les perspectives sont en ce début de siècle, sans limite.
On procède déjà au transfert de gènes humains dans des embryons de porcs, de manière à "humaniser" les animaux qui naîtront. On espère ainsi rendre leurs organes plus facilement greffables (des xénogreffes) sur des receveurs humains.
Mais cela aura pour risque le retour de l'esclavage et de la piraterie des organes humains des pays pauvres vers les riches (on connaît déjà le commerce d'organes en Inde ou celui, plus récent, du ‘’recyclage’’ sur le marché américain d’organes des prisonniers exécutés. Amnesty international a recensé 16 900 exécutions en deux ans en Chine… Les pénuries d'organes dans les pays riches sont très connues !!
Plus largement sera mis sur le marché le matériel génétique des plantes que leurs populations ont protégés et sélectionnés par leur travail et leur savoir-faire au cours des siècles.
La marchandisation s'attaque aussi au monde animal : le guépard, le léopard, le tigre pour leur peau, leurs os qui auraient des propriétés médicinales ou aphrodisiaques. La grande baleine bleue est chassée pour tout ce qui la constitue, le grand panda un animal pacifique pour l'ornement. La tortue, les léopards, les jaguars, les ocelots sont tous chassés, tous menacés. Les peaux de crocodiles, de serpents, de lézards sont traitées par des artisans et des industries pour la maroquinerie. L'inventaire est sans fin.
En cinquante ans, les 9/10ème des éléphants ont disparus, chassés pour leur ivoire.1 million de perroquets sont vendus chaque année, pour 10 millions capturés : 9 millions meurent des conditions de transports, capture etc...Le trafic existe aussi pour les chimpanzés, et il ne reste que 250 gorilles de montagne.
Que dire des animaux qui sont utilisés en laboratoire ou parqués dans des élevages pour la médecine ? Que dire de ceux qui sont monnayés à des fins récréatives : taureaux pour les corridas, d'autres bêtes pour les sacrifices, des ours pour des combats, des tigres que l'on dresse pour les cirques ou que l'on exhibe dans les zoos ?
''Soyons subversifs. Révoltons nous contre l'ignorance, l'indifférence, la cruauté, qui d'ailleurs ne s'exercent si souvent contre l'homme que parce qu'elles se sont fait la main sur les bêtes. Rappelons nous, s'il faut toujours tout ramener à nous-mêmes, qu'il y aurait moins d'enfants martyrs s'il y avait moins d'animaux torturés, moins de wagons plombés amenant à la mort les victimes de quelconques dictatures, si nous n'avions pris l'habitude des fourgons où des bêtes agonisent sans nourriture et sans eau en attendant l'abattoir.''
Marguerite Yourcenar
La disparition d'espèces laissera en proliférer d'autres qui deviendront nuisibles et dont les prédateurs ont disparus. Conséquence : nous trouverons moins de variétés dans la faune terrestre et marine. Il restera les documentaires animalier pour se souvenir qu'ils ont existé.
Nous devrons peut-être implanter des puces sur les derniers animaux sauvages pour prévenir leur éventuel capture et l'arrestation des trafiquants qui seront lourdement condamnés.

En effet
le trafic des animaux sauvages est une plaie qui menace directement la survie de milliers d'espèces à court terme. Les douaniers des grands aéroports d'Europe réalisent en moyenne une prise par jour ! En 2000, les douaniers de Roissy ont saisi 9 780 articles d'origine animale et presque 500 animaux vivants ! Après la drogue et les armes, le trafic d'animaux et de végétaux sauvages est considéré comme la troisième source la plus importante de revenu illicite.
L'association écologiste internationale World Wild Fund estime à 20 milliards d'euros par an, le butin du trafic illicite. Des organisations se sont constituées spécialement pour ce trafic. Un seul perroquet se vend entre 1000 et 1300 Euros. Les aras, une espèce rare parce que aussi en voie de disparition définitive, se vend jusque 50 000 euros l'oiseau.! La mode est aux reptiles, araignées, insectes : plus c'est rare bizarre et dangereux plus la valeur marchande est forte. Il existe 99 000 sites internet dédiés à au commerce, à l'élevage et donc au trafic etc...
L'éducation des populations est primordiale pour arrêter le trafic. La conservation est une affaire politique, mais la disparition certaine de milliers d'espèces précipitera les humains dans les affres de l'absence et du deuil.